access_time Publié 18.04.2017

Médecin-assistant: Combien de temps à quelles tâches?

Dresse Nathalie Wenger, Cheffe de clinique, Dép. de Médecine Interne, CHUV

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Médecin-assistant: Combien de temps à quelles tâches?

18.04.2017

Une 'time motion study' a déjà permis d’instaurer d’importantes améliorations au CHUV.

L’essentiel en bref:

  • De mai à juin 2015, une étude observationnelle (time motion study)a été réalisée au service de médecine interne du CHUV de Lausanne. Elle analysait le déroulement des journées de 36 médecins-assistants à la (seconde)près.

  • Les chiffre sclés: la durée moyenne du temps de travail durant la période de l’étude était de 11,6 heures, soit nettement plus que les 10 heures prévues.

  • Les médecins-assistants consacraient 28 % de leur temps de travail aux tâches directement liées aux patients et 52,4% aux tâches indirectement liées à ces derniers. Avec huit patients en moyenne par médecin assistant, cela donne une moyenne de environ 15 minutes par jour avec chaque patient.

  • Le temps passé devant l’ordinateur (5,2 h/j) représentait le triple du temps au contact des patients, et la tenue du dossier électronique des patients prenait à peu près 110 minutes par jour.

 

Madame Wenger, qu’est-ce qui a motivé cette analyse? 

La complexité des cas n’a cessé d’augmenter ces dernières années, en particulier en médecine interne. Le déroulement des journées des médecins-assistants en a été profondément modifié. D’autres facteurs tels que la limitation du temps de travail, l’introduction du dossier électronique du patient, ainsi que la quantité de données cliniques et des tâches administratives ont accentué cette tendance. Il existait jusqu’à présent peu d’études portant sur la répartition du temps de travail des médecins, et en particulier le temps passé devant l’ordinateur et au contact direct des patients. Et la plupart de celles disponibles provenaient des États-Unis. C’est pourquoi nous avons décidé, après l’introduction du dossier électronique du patient, de réaliser nous-mêmes une telle analyse.

Dans quelle mesure l’introduction du dossier électronique du patient a-t-elle changé les choses? Les médecins-assistants avaient-ils auparavant davantage de temps pour le contact direct avec les patients?

Comparé aux premières études observationnelles similaires datant de 1961 et 1971, le temps que les médecins-assistants passent au chevet des patients est à peu près le même. Autrefois, ils consacraient beaucoup de temps à des activités telles que se rendre au service de radiologie pour consulter des clichés, imprimer et classer des rapports, etc. Aujourd’hui, avec la compléxité des patients grandissante, ce termps a été remplacé part la gestion des dossiers électroniques des patients et les tâches administratives associées.Un dossier patient électronique efficient est donc devenu indispensable.

Au CHUV, les médecins sont désormais déchargés de certaines tâches administratives.

Cette étude a été l’impact pour nous inciter à changer les choses. L’été dernier, nous avons donc embauché des «resident’s assistants» (assistantes de médecin) qui délestent les médecins au niveau purement administratif. Cela permet à ces derniers de se consacrer plus longuement et plus calmement aux patients et à la réflexion sur leur prise en charge globale.t. Toutes les parties prenantes sont pour l’instant satisfaites de cette nouvelle solution.

Vos médecins-assistants ont critiqué le système informatique interne pour la saisie du dossier électronique du patient. Sa praticité n’a-t-elle pas d’abord été vérifiée sur une version préliminaire?

Le service informatique a choisi ce système en 2009 et nous avons dû travailler avec. Mais si l’on regarde dans le monde entier, il n’existe pas de sytème idéal pour l’instant. Depuis notre étude,  des échanges actifs et un travail interdisciplinaire ont été mis en place entre les services informatique et médical. Pour cela, certains de mes collègues (chefs de clinique)  consacrent une partie de leur temps à l’interface entre la clinique et les concepteurs du système informatique. Cela nous a déjà permis de gagner beaucoup d’améliorations.

Que pouvez-vous recommander à vos collègues dans d’autres hôpitaux après cette étude?

Les 'time motion studies' sont la meilleure méthode pour déterminer objectivement le temps qu’une personne consacre à chaque tâche, en comparaison aux études subjectives. Je ne peux que recommander aux autres hôpitaux d’effectuer également une telle évaluation, surtout lorsque des changements structurels sont prévus. Cela permet une analyse avant/après. Nous allons renouveler l’étude dans un futur proche afin de mesurer concrètement l’utilité et l’impact des changements que nous avons apportés.
Il serait intéressant de comparer nos résultats à ceux d’autres établissements. En mai, l’hôpital de Baden présentera ses propres chiffres au congrès de médecine interne. Je suis impatiente de les découvrir.

 

Liens d’approfondissement:

Étude publiée

Dresse Nathalie Wenger

Cheffe de clinique, Dép. de Médecine Interne, CHUV

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