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Courrier / Communications

Refonte du système de santé?

Alain Rouget

DOI: https://doi.emh.ch/10.4414/bms.2017.06005
Date de publication: 13.09.2017
Schweizerische Ärztezeitung | Bulletin des médecins suisses | Bollettino dei medici svizzeri | 2017;98:37

Refonte du système de santé?

Lettre concernant: Scholer M. «Si nous continuons sur notre lancée, nous allons droit dans le mur». Bull Méd Suisses. 2017;98(30–31):957–60.

Dans l’interview de Daniel Scheidegger, nouveau président de l’ASSM, plusieurs expressions m’ont, selon un terme à la mode, «interpellé»:

– si nous continuons sur notre lancée, nous allons droit dans le mur

– il existe des disparités de revenus choquantes

– cette mentalité de banquier n’a rien à faire en médecine

– je touchais un salaire raisonnable

Par ailleurs, on entend souvent exprimer la nécessité d’une refonte complète du système de santé, mais on ne voit pas poindre la moindre ébauche d’un changement réel et concret. L’augmentation des primes d’assurance-maladie nous angoisse, mais nous laisse sans réaction, comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle.

Comme il est permis de rêver, je vous livre quelques idées qui pourraient peut-être, modestement, guider un tel projet. Je parle essentiellement de la médecine ambulatoire, celle que je connais.

1. La mesure du temps par tranches de 5 minutes doit être abandonnée. Le temps passé avec les patients est de la plus haute importance, et ne saurait être mesuré de la sorte. Les négociations sans fin sur le TARMED, et les ­ratiocinations dignes du Moyen-Age, ont eu au moins deux conséquences peu flatteuses: rendre les médecins ridicules aux yeux de la populations, et révéler leur attachement extrême à l’argent.

2. Nous avons commis une grave erreur en ­acceptant que le cabinet médical soit géré «selon les principes de l’économie d’entreprise». Le cabinet médical, pas plus que l’hôpital, ne sont des entreprises commerciales soumises aux lois du marché. Les émotions et l’humain y sont trop importantes.

3. Cessons de séparer les généralistes des spécialistes. Nous faisons le même métier, nous avons la même déontologie et avons choisi la carrière médicale avec les mêmes motivations.

4. Etudions un mode de financement identique pour le stationnaire et l’hospitalier, comme le demande Ignazio Cassis. Là aussi, nous faisons le même métier et la limite entre les deux est de plus en plus floue.

Si vraiment nous travaillons pour le bien-être de nos patients et non pas pour faire fortune, ayons le courage d’imaginer un système de santé qui déconnecte l’incitation financière de l’éthique professionnelle. Les médecins, ­généralistes et spécialistes, recevraient un revenu fixe raisonnable (cf. Scheidegger), voire même confortable.

Associé à de bonnes conditions de travail et une grande liberté dans l’utilisation du temps avec les patients, on serait étonné du grand nombre de confrères qui accepteraient un tel système.

Souvenons-nous que, pendant des siècles, les médecins n’étaient pas payés du tout (il est vrai qu’ils faisaient partie des familles riches), mais «honorés». Encore maintenant, nous n’envoyons pas de factures, mais des notes d’honoraires. Ceci doit perdurer dans un coin de notre culture professionnelle.

Je disais bien: il est permis de rêver.

Dr Alain Rouget, Plan-les-Ouates

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