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Traiter les infections des voies urinaires sans antibiotiques

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2023.21395
Date de publication: 25.01.2023
Bull Med Suisses. 2023;103(04):74-75

Entretien: Dre rer. nat. Dajana Parganlija, signum | brands GmbH

Traitement Une thérapie et une guérison adéquats des infections urinaires (IU) sont essentielles pour éviter une évolution avec des complications potentiellement graves [1]. À l’occasion d’un entretien avec le professeur Annette Kuhn, médecin-chef au centre d’urogynécologie à l’Hôpital de l’Île de Berne, nous découvrons ce que cela signifie pour la pratique quotidienne et comment miser davantage sur les alternatives aux antibiotiques.

Professeure Kuhn, merci de mettre votre expertise à notre service pour comprendre cette thématique. En quoi ces thérapies alternatives sont-elles particulièrement importantes?

Les thérapies alternatives constituent une base très importante dans la lutte contre les résistances aux antibiotiques. La corrélation numérique est pertinente – plus nous prescrivons d’antibiotiques, plus la résistance augmente [2]. C’est ce que révèlent des études à l’échelle mondiale [3] ainsi que des données venues de Suisse. Dans tous les cas où les antibiotiques peuvent être évités et à tous les niveaux, nous devrions donc absolument recourir à des alternatives qui n’aggravent pas la situation en matière de résistance. À l’hôpital, nous recourons aux antibiotiques prophylactiques, par exemple lors de cystoscopies ambulatoires, uniquement si nécessaire. En consultation comme au cabinet, nous pouvons également recommander et prescrire exclusivement des alternatives en cas d’infections urinaires simples. Par ailleurs, nous devons nous assurer que les patientes connaissent les prophylaxies alternatives et qu’elles les ont chez elles afin d’éviter les infections urinaires.

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Les infections urinaires font partie des infections les plus fréquentes chez la femme.

© Ocusfocus / Dreamstime

Dans ce contexte, quelle est l’importance des éventuels effets secondaires?

Toute personne ayant déjà pris des antibiotiques aura ressenti certains effets secondaires. Il peut s’agir d’effets secondaires légers tels que la diarrhée ou la nausée jusqu’à des réactions allergiques sévères de type immédiat ou tardif qui, dans le pire des cas, peuvent nécessiter une thérapie hospitalière. Cela ne se produit pas pour toutes les patientes, mais il est toutefois possible de constater que cet aspect des effets secondaires n’est pas suffisamment pris au sérieux. Avec les alternatives sans antibiotiques, les effets secondaires sont peu nombreux et pratiquement toujours légers [4]. Si on met les deux en balance, les méthodes alternatives sont clairement avantageuses.

Quelles sont les alternatives au traitement par antibiotiques?

Il existe là un vaste choix, parmi lequel le D-mannose, un sucre simple, qui empêche les bactéries de se fixer sur les parois de la vessie. D-Mannose est une substance propre à l’organisme et convient également aux diabétiques. Il existe également un grand nombre de produits phytothérapeutiques qui permettent en principe d’évacuer les bactéries. Nous disposons par ailleurs de vaccins et de produits thérapeutiques locaux pouvant être apportés directement à la vessie.

Y a-t-il des avantages ou des inconvénients particuliers à utiliser des alternatives?

Les alternatives sont facilement accessibles et simples à utiliser. Les patients n’ont pas besoin de se rendre spécialement à une consultation, de prendre un rendez-vous chez le médecin, de prévoir du temps d’attente et de déplacement... mais peuvent acheter les alternatives en toute simplicité en pharmacie. Les coûts des alternatives ne sont toutefois pas toujours remboursés par les caisses-maladie sauf en cas d’assurance complémentaire incluant les principes actifs naturels.

Quel est le rôle des alternatives dans le traitement des infections urinaires aiguës et récurrentes?

On parle d’infections urinaires récurrentes lorsqu’elles se produisent plus de trois fois en douze mois ou plus de deux en six mois. Les traitements alternatifs me semblent particulièrement indiqués dans la thérapie aiguë. Nous recourons également à des alternatives sans antibiotiques à titre prophylactique en cas d’infections urinaires récurrentes. Elles peuvent souvent être obtenues sans ordonnance, donc disponibles à la maison et prises en cas de besoin.

Est-il important d’éveiller les consciences aux alternatives?

Absolument – selon moi, il existe un besoin notable en information dans la médecine de premier recours, mais également au niveau des patientes qui n’ont pas encore entièrement intégré le risque qui découle des résistances aux antibiotiques. Il serait donc indiqué de mieux informer le consommateur final sur les raisons pour lesquelles nous souhaitons faire l’impasse sur les antibiotiques. Lorsqu’il s’agit de changer les mentalités, il est toujours avantageux que la gynécologie, l’urologie et l’infectiologie – les trois disciplines les plus susceptibles d’être concernées – collaborent et fassent preuve d’un certain front commun. Si l’on envoie un message clair aux médecins généralistes sur le traitement des IU, tout le monde en profite – le médecin traitant se sent conforté et sait ce qu’il doit faire pour éviter toute erreur; la patiente se sent bien prise en charge près de chez elle et les consultations dans nos grandes cliniques sont réservées aux cas complexes.

La gynécologie est-elle confrontée à des défis particuliers pour l’utilisation d’alternatives?

Dans le domaine gynécologique, on se demande toujours si les femmes enceintes et allaitantes peuvent prendre des alternatives. La plupart des médecins sont réticents à prescrire les médicaments de catégorie D. Je pense en revanche qu’il faut aussi prendre en compte l’expérience pratique. Nous savons au sujet du D-Mannose qu’il est efficace et n’entraîne aucun effet secondaire significatif [5]. Personnellement, je n'ai aucun problème à prescrire cette substance aux femmes enceintes ou qui allaitent, en plus des antibiotiques, car le mannose n'est pas absorbé.

Prof. Dre méd. Annette Kuhn

Médecin-chef et chef de service adjointe en gynécologie à la clinique gynécologique universitaire de Berne.

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Correspondance

Adresse de correspondance

annette.kuhn[at]insel.ch

Références

1 Li R, Leslie SW. Cystitis. StatPearls [Internet]. 2022. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK482435/ (consulté le 19.12.2022).

2 Llor C, Bjerrum L. Antimicrobial resistance: risk associated with antibiotic overuse and initiatives to reduce the problem. Ther Adv Drug Saf. 2014 Dec;5(6):229–241.O’Neill J. Tackling drug-resistant infections globally: final report and recommendations. The review on antimicrobial resistance. Review on Antimicrobial Resistance [Internet]. 2016. http://amr-review.org/sites/default/files/160525_Final%20paper_with%20cover.pdf (consulté le 19.12.2022).

3 Loubet P, et al. Alternative Therapeutic Options to Antibiotics for the Treatment of Urinary Tract Infections. Front Microbiol. 2020;11:1509.

4 Lenger SM, et al. D-mannose vs other agents for recurrent urinary tract infection prevention in adult women: a systematic review and meta-analysis. 2020 Aug;223(2):265.e1-265.e13.

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