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La Société Suisse de Médecine Intensive fête son jubilé

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2022.20946
Date de publication: 14.09.2022
Bull Med Suisses. 2022;103(37):37-38

Peter M. Sutera, Paola Massarottob, Peter Carl Baumannc

a Prof. Dr méd., ancien président de la SSMI et de l’Académie Suisse des Sciences Médicales, Genève; b MScN, ancienne présidente de la SSMI, direction des soins en médecine intensive, Hôpital universitaire de Zurich; c PD Dr méd., membre fondateur de la SSMI et ancien président de la SSMI, Zurich

Médecine intensive Lors de sa création en 1972, on ne savait pas encore si la médecine intensive allait s’établir en tant que discipline. Aujourd’hui, la Société Suisse de Médecine Intensive (SSMI) fête ses 50 ans. Cela a été rendu possible grâce à la collaboration étroite entre corps médical et corps infirmier.

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© Fabian Fiechter

Il y a 50 ans, deux douzaines de médecins de différentes spécialités se sont réunis à Bâle afin de systématiser un domaine médical tout récent pour notre pays et d’élaborer des règles pour la prise en charge des patientes et patients en état critique. À cet effet, ils ont défini les bases de l’équipement et de l’organisation des unités de soins intensifs ainsi qu’une formation postgraduée spécifique pour le personnel infirmier et les médecins. En 1972, ils ont fondé la SSMI pour encadrer ces missions.

Prémices de la discipline

À la fin des années 1960, la médecine intensive était un terrain inconnu et un défi à bien des égards, et pas seulement pour la pratique clinique. Des bases scientifiques faisaient défaut pour de nombreux aspects. La compréhension de certains dysfonctionnements aigus d’organes vitaux et de complications fréquentes après des interventions médicales ou des accidents était lacunaire, les données sur les approches thérapeutiques efficaces, elles, rares. Face à ces déficits, les premières sociétés de discipline de médecine intensive ont été fondées à cette époque dans différents pays, notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France et en Suisse. Quelques revues spécialisées ont vu le jour, comme Intensive Care Medicine en Europe et Critical Care Medicine aux États-Unis. Dans les années 1970, on a assisté à des progrès scientifiques. Un développement important de la recherche clinique s’est aussi fait ressentir en Suisse, contribuant à de nombreux progrès thérapeutiques, en particulier dans les domaines des problèmes cardiovasculaires aigus, des maladies infectieuses graves et de la défaillance pulmonaire aiguë.

Débuts difficiles

Le quotidien clinique n’a pas été simple au début. Le PD Dr méd. Peter Carl Baumann, membre fondateur de la SSMI, se souvient: «Vers les années 1970, je ne pouvais pas m’appuyer sur une expérience établie en médecine intensive: il a fallu d’abord forger le «métier» et les outils. Il n’y avait pas encore de personnel infirmier spécifiquement affecté et formé aux soins intensifs, et il en était de même pour les médecins assistants qui complétaient leur formation postgraduée dans d’autres services hospitaliers. Mais très vite, la nécessité d’une formation systématique du personnel infirmier des soins intensifs, et plus tard du personnel médical, a été reconnue. Les rares appareils disponibles, tels que respirateurs, moniteurs ECG et défibrillateurs, ne pouvaient pas remplir leurs fonctions de manière satisfaisante en raison de possibilités d’adaptation limitées ou de la vulnérabilité aux défaillances. Les possibilités techniques se sont toutefois considérablement développées après l’établissement de la médecine intensive. Au sein de l’hôpital également, la médecine intensive a dû faire face à des problèmes au début, car elle était perçue comme une concurrence et son fonctionnement était déjà très coûteux à l’époque.»

Valeurs fondamentales de la médecine intensive

Une bonne médecine intensive repose sur trois valeurs fondamentales:

Un travail d’équipe efficace assuré par du personnel infirmier et des médecins ayant reçu une formation spécifique;

Des innovations médicales qui améliorent le traitement et donc les chances de survie;

La reconnaissance des valeurs et des souhaits de chaque malade pour un traitement intensif optimal (et non maximal).

Pionnière en matière de travail d’équipe

La fondation de la SSMI a permis un développement rapide de ce domaine en Suisse. Des lignes directrices pour une prise en charge de qualité et pour une formation postgraduée spécifique ont été définies en quelques années. Toutefois, il aura fallu attendre encore près de vingt ans jusqu’à la reconnaissance d’un titre de spécialiste propre. Le développement en tant que spécialité à part entière a souvent été vu avec méfiance par les «sociétés mères» telles que la chirurgie, la médecine interne ou l’anesthésie, qui l’ont vécu comme une scission. Le fait que la SSMI ait mis l’accent sur la formation aux compétences en médecine intensive et sur la volonté d’une étroite collaboration interdisciplinaire a permis de réduire ces attitudes négatives.

Un autre développement a été encore plus novateur. Pourtant fondée dans le sens classique d’une société purement médicale, la SSMI, discipline la plus jeune à l’époque, a très vite reconnu l’importance du travail d›équipe pour une bonne prise en charge en médecine intensive. Elle a concrétisé l’union des deux groupes professionnels impliqués – les soignants et les médecins – au sein d’une société de spécialité. Avec la définition précoce du travail d’équipe, des conditions cadres communes pour l’organisation des unités de soins intensifs, des exigences de qualité et des lignes directrices pour la formation postgraduée, la Suisse a joué un rôle de pionnière en Europe et au-delà pour la médecine intensive. Cela a certainement été rendu possible grâce à la taille du pays et à l’unité impressionnante des médecins intensivistes et du personnel infirmier spécialisé en soins intensifs sur toutes les questions importantes et concernant les objectifs de développement. La formation postgraduée spécifique, une recherche clinique de qualité et une prise en charge des patientes et patients centrée sur l’être humain dans son ensemble sont fermement ancrées dans l’esprit de la société interprofessionnelle SSMI – le personnel infirmier et le personnel médical sont sur un pied d’égalité. La recherche dans le secteur des soins en profite également. Les études qualitatives et quantitatives dans le domaine interprofessionnel et interdisciplinaire contribuent à promouvoir la sécurité et le bien-être des patientes et patients en soins intensifs.

Prise en charge optimale

En Suisse, la médecine intensive s’est lentement mais sûrement intégrée dans le cercle des spécialités médicales, mais aussi dans la recherche et l’enseignement universitaires. En clinique, ses représentantes et représentants assument des responsabilités au chevet des malades, mais aussi au sein des directions de nos hôpitaux et des facultés de médecine.

Même dans notre système de santé (riche), les possibilités en termes de personnel et de matériel sont limitées en de nombreux endroits. Il nous paraît essentiel que la médecine intensive n’utilise pas ses moyens pour une prise en charge maximale mais optimale et donc raisonnable des patientes et patients. Pour ce faire, la Suisse n’a pas forcément besoin de plus de lits en soins intensifs, mais avant tout d’une mise en valeur de la motivation et de la formation ainsi que de bonnes conditions de travail pour les professions soignantes. Pour les soignants comme pour les médecins, la relève reste un sujet de préoccupation.

Une médecine intensive optimale ne signifie pas plus de médecine, mais une médecine encore meilleure, adaptée aux souhaits et aux valeurs de chaque patiente et patient. Ces notions nous ont été rappelées avec force lors de la pandémie de COVID-19.

L’essentiel en bref

La Société suisse de médecine intensive (SSMI) a été fondée il y a 50 ans. La SSMI a élaboré un programme de formation postgraduée spécifique pour le personnel soignant et les médecins en médecine intensive ainsi que des bases pour l’équipement et l’organisation des unités de soins intensifs.

Très tôt, la SSMI s’est orientée vers l’interprofessionnalité et a défini, en collaboration avec les soins infirmiers, des conditions cadres pour l’organisation des unités de soins intensifs, des exigences de qualité et des directives de formation continue.

Aujourd’hui, la SSMI s’engage en particulier pour la promotion de la formation et des conditions de travail des professions infirmières en médecine intensive afin de lutter contre la pénurie de personnel qualifié.

Prof. Dr méd. Peter M. Suter

Ancien président de la SSMI et de l'ASSM

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MScN Paola Massarotto

Ancienne présidente de la SSMI, direction des soins en médecin intensive USZ

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Prof. Dr méd. Peter Carl Baumann

Membre fondateur de la SSMI et ancien président de la SSMI

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Correspondance

sgi[at]imk.ch

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