Courrier / Communications

Le système de santé n'existe pas

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2022.20867
Date de publication: 22.06.2022
Bull Med Suisses. 2022;103(2526):857

Prof. Arnaud Chiolero, Laboratoire de santé des populations (#PopHealthLab), Université de ­Fribourg

Le système de santé n’existe pas

Lettre concernant: Wille N, Gilli Y. Les primes augmentent plus que les coûts. Bull Med Suisses. 2022;103(21–22):702–4.

Bravo aux Dr Wille et Gilli pour cet excellent article publié dans le BMS expliquant pourquoi l’évolution des primes n’est pas le reflet de celle des coûts, tout en nous rappelant la complexité du financement du système de santé en Suisse [1]. Mais faut-il vraiment parler d’un «système de santé»? Par analogie avec la célèbre formule de l’artiste Ben «La Suisse n’existe pas», on pourrait dire que le système de santé suisse n’existe pas.

La Suisse est multiple, décentralisée, libérale et ouverte. Il y a des populations qui ont certains besoins de santé (changeants et très difficiles à mesurer), des patients qui nécessitent des soins, des professionnels de la santé qualifiés et de multiples institutions de soins à même de fournir des services (évoluant très rapidement et sur lesquels on manque d’information, notamment en termes de qualité). Il y a de multiples payeurs, privés et publics. Et il y a des autorités publiques (cantonales et fédérales) qui ont des responsabilités de financement, de surveillance et de planification [2].

Toutes ces parties constituent un écosystème sanitaire complexe et dynamique qui s’organise sur la base de demandes, de ressources et d’offres, mais ne forment pas un système de santé. Parler de système de santé donne l’impression qu’on arrive à en définir exhaustivement les frontières, les acteurs et leurs interactions, et – ce qui est le plus important – que l’on pourrait le piloter et prédire avec confiance son évolution en agissant sur tel ou tel paramètre comme le subventionnement des primes maladies ou le nombre de médecins installés [3].

Toutefois, si on n’améliore pas nos systèmes de surveillance et de monitoring, le pilotage, même partiel, de cet écosystème restera difficile et l’effet de toute intervention impossible à mesurer. D’ici là, restons modestes dans nos prétentions à influencer positivement cette mécanique.

Références

1 Wille N, Gilli Y. Les primes augmentent plus que les coûts. Bull Med Suisses. 2022;103(21–22):702–4.

2 De Pietro C, Camenzind P, Sturny I, Crivelli L, Edwards-Garavoglia S, Spranger A, Wittenbecher F, Quentin W. Switzerland: Health System Review. Health Syst Transit. 2015;17(4):1–288.

3 Fuino M, Trein P, Wagner J. How does regulating doctors’ admissions affect health expenditures? Evidence from Switzerland. BMC Health Serv Res. 2022;22(1):495.

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