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FMH

Une journée compte 24 heures…

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2022.20653
Date de publication: 23.03.2022
Bull Med Suisses. 2022;103(12):373

Christoph Bosshard

Dr méd., vice-président de la FMH, responsable du département DDQ

… nous pouvons donc travailler la nuit entière. Et si cela n’est pas suffisant, nous faisons en plus des heures supplémentaires. Ce genre de raisonnement n’était pas rare par le passé. D’après les chiffres actuels de la statistique médicale de la FMH, on parle d’un temps partiel de 8,7 demi-journées pour un temps de travail hebdomadaire moyen de 48 heures. Et demain? Des enquêtes auprès de nos jeunes membres ont donné une réponse catégorique: ils revendiquent des temps de travail équivalents à la moyenne nationale. Les temps ont changé: à l’avenir, nous ne pourrons plus tabler sur une semaine de plus de 55 heures équivalent temps plein pour les médecins, mais devrons nous contenter des traditionnelles 41 heures. À effectif égal, cela aura pour effet de réduire de près d’un quart les médecins en exercice. À cela s’ajoute la tendance à davantage de temps partiel, de plus en plus dans l’air du temps pour les deux sexes. Il ne s’agit pas là de juger si cette tendance est bonne ou pas, c’est un fait, ni plus ni moins, dont il faut tenir compte alors que les cantons sont à présent chargés de déterminer les nombres maximaux de médecins dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle clause du besoin. Si les cantons s’en tiennent trop aux effectifs actuels, le réveil sera difficile! Sans compter que notre dépendance à l’égard de l’étranger n’a cessé de s’accentuer ces dernières années. Je tiens d’ailleurs à remercier nos collègues suisses et étrangers qui chaque jour, 24 heures sur 24, donnent le meilleur d’eux-mêmes pour soigner nos patientes et patients. Mais pendant combien de temps un tel engagement sera-t-il encore possible? Nos pays voisins ont déjà pris des mesures pour augmenter leur attractivité afin de retenir leur personnel qualifié. Dans quelle mesure est-il éthiquement défendable que la Suisse, l’un des pays les plus prospères du monde, s’appuie sur une telle stratégie d’«importation»? Car, en fin de compte, pour les pays concernés, c’est une fuite vers l’étranger de leur personnel hautement qualifié. Il nous faut donc élaborer et mettre en œuvre une stratégie qui nous permette de faire fonctionner notre système de santé avec notre propre relève. Cela signifie que nous devons d’un côté former suffisamment de médecins et les maintenir dans la profession, et de l’autre exploiter judicieusement leurs compétences. J’en profite pour évoquer un sujet connu depuis longtemps mais combattu sans succès jusqu’ici: le personnel, et pas uniquement les médecins, perd beaucoup trop de son précieux temps avec les tâches administratives, au détriment du temps consacré aux patientes et patients! Deux études à ce sujet ont été publiées il y a cinq ans et sont toujours d’actualité. Celle menée au CHUV a montré qu’un-e médecin-assistant-e passait trois fois plus de temps à son ordinateur qu’auprès de ses patients. Une étude consécutive effectuée à Baden a quant à elle conclu que les médecins-assistant-e-s ne passaient que nonante minutes au chevet de leurs patients; le reste du temps étant consacré aux tâches administratives. Une grande partie de la main-d’œuvre médicale est donc ainsi mal ­exploitée! De plus, il a été démontré que cette charge administrative a une incidence négative sur la satisfaction au travail des médecins. Il est donc plus ­qu’urgent de s’atteler à la résolution de ce problème: la ­réglementation croissante que nous subissons à tous les niveaux est d’une part incompatible avec les réflexions menées sur l’EAE et d’autre part, trop souvent, elle ne prend pas en compte la réalité du terrain. Fréquemment, les réponses de la FMH aux procédures de consultation ne sont pas prises en compte, ou la FMH n’est même pas consultée. Il est donc d’autant plus important que nous contribuions sans relâche, chaque année, à une base de données solide avec les statistiques médicales de la FMH afin que les ressources ­humaines du secteur puissent être au mieux planifiées à l’avenir. Je remercie l’ensemble des membres qui nous soutiennent chaque année dans cette démarche!

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