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Et encore …

«Helping hands are better than ­talking mouths»

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.20298
Date de publication: 24.11.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(47):1594

Monika Brodmann Maeder

Dre méd., p.-d. et MME, présidente de l’ISFM

L’expression «Helping hands are better than talking mouths» («mieux vaut des mains qui aident que des bouches qui parlent») est de Pasang Lhamu Sherpa, la directrice de l’Hôpital Pasang Lhamu-Nicole Niquille à Lukla au Népal. Cet hôpital désormais géré par des ­Népalais, installé à 2800 mètres d’altitude dans la vallée du Khumbu qui entoure par le sud le plus haut sommet du monde, a été construit grâce au soutien de la Fondation Nicole Niquille basée en Suisse. La citation de Pasang Lhamu Sherpa est également le titre du livre Hôpital de montagne [1] consacré à l’Hôpital de Lukla. Avec cette expression, la directrice de cet établissement nous fait bien comprendre qu’une aide concrète, manuelle, est plus précieuse que de beaux discours sans lendemain. En tant que médecin, j’ai utilisé mes mains des milliers de fois au contact des patientes et patients pour palper des abdomens, examiner des articulations, diagnostiquer des œdèmes et des emphysèmes sous-cutanés, suturer des plaies. Mes mains me donnent des indications sur la personne que je rencontre pour la première fois. Serrer la main de mon interlocutrice ou interlocuteur m’en dit long: cette personne a-t-elle les mains froides ou chaudes, humides ou sèches, la poignée de main est-elle franche et déterminée ou au contraire légèrement hésitante?

Les mains racontent aussi des histoires: les mains d’une agricultrice du Kandertal sont bien différentes de celles d’une pianiste concertiste. La main d’une personne tétraplégique qui ne peut tenir un verre que grâce à de nombreuses astuces ou la main d’un menuisier amputé de plusieurs doigts suite à un grave accident de travail racontent aussi un destin.

Pour moi, les helping hands symbolisent le soutien à autrui, la compassion et la proximité. Les aumônières et les aumôniers touchent les personnes qu’elles rencontrent pour leur apporter du réconfort, les gué­risseuses et les guérisseurs soignent des gens par l’imposition des mains les laissant plusieurs minutes sur la partie du corps concernée.

Depuis le COVID-19, nous avons perdu l’habitude de serrer des mains ou de sentir le corps de l’autre. Pour certains, ce fut un soulagement, car faire la bise leur semblait déjà trop intime, même s’ils n’ont jamais osé l’avouer et, pour d’autres, ce fut difficile au début de ne pas tendre la main.

Presque un an et demi après le début de la crise du ­coronavirus, nous sommes devenus des individus craignant tout contact corporel. Les salutations ont été remplacées par une discussion visant à déterminer s’il faut se saluer avec le coude ou avec le poing, ou utiliser le salut respectueux des Népalais (Namasté) en joignant les mains devant la poitrine ou opter pour le medias res. Lors de séance en ligne, nous avons appris à lever la main au début et à la fin pour dire bonjour ou au revoir à nos collègues.

Aujourd’hui, nous voulons retourner à une «nouvelle normalité» et débattons à nouveau quant à savoir s’il faut ou s’il est souhaité et souhaitable de se donner la main. Nous reculons d’un pas quand une personne souhaite le faire ou, pire, veut tomber le masque.

Du visage, je reviens aux bouches: lorsque mon amie Pasang Lhamu Sherpa évoque les «bouches qui parlent», elle fait référence aux discours creux, au fait de parler pour ne rien dire. Et c’est vrai que cela ne nous mènera pas loin. Mais si en revanche, nous considérons les discussions comme des échanges, comme des manières d’avancer ensemble, de trouver un accord et de brain stormer, nous serons à même de développer de nouveaux projets, de trouver des solutions créatives. Dans la mesure du possible, les discours devraient toujours être suivis d’actions pour qu’ils soient appliqués dans la pratique. Les «mains qui aident» ont non seulement besoin de bouches qui parlent et qui fassent preuve de créativité, mais surtout de «thinking and wise heads» («de têtes pensantes et sages») pour que les nouvelles idées ne se résument pas à des concepts, mais se concrétisent réellement.

Adresse de correspondance

monikamaria.brodmannmaeder[at]siwf.ch

Référence

1 Lewis R, Loepfe R. Helping hands are better than talking mouths. The dedicated staff at the hospital Lukla. 2011.

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