Et encore …

Visite médicale et visite d’évaluation

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.20192
Date de publication: 20.10.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(42):1388

Werner Bauer

Dr méd., ancien président de l’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue (ISFM)

Un mot, deux réalités hospitalières: la première décrit une activité qui a beaucoup évolué avec le temps et la seconde est un outil essentiel à la formation postgraduée des médecins.

J’appartiens à une génération où la visite médicale ­auprès des patients hospitalisés en compagnie du mé­decin-chef était l’événement de la semaine. Les médecins assistants se préparaient jusque tard dans la nuit à cette procession en blouses blanches passant de lit en lit. Le groupe se formait dans le couloir et s’organisait ­selon la hiérarchie hospitalière: chefs de cliniques, infirmières, assistants. Je me souviens d’un chirurgien à l’ego très développé. Nous devions attendre bien alignés dans le couloir que sa Ford Mustang se gare dans le parking avant de lui témoigner la déférence que sa fonction semblait exiger pour que la visite puisse commencer. Je me souviens aussi de mon cœur qui battait la chamade en voyant le regard sceptique du spécialiste en médecine interne parcourir les lignes et les points rouges et bleus censés représenter les rythmes respiratoires et cardiaques que j’avais tracés. Nous ­apprenions beaucoup, mais le soulagement que nous, médecins assistants, ressentions à la fin des visites était palpable.

Beaucoup de choses ont changé depuis. Un peu trop parfois? D’un côté, les directions sont devenues moins autoritaires, de l’autre on constate une accélération des processus, un manque de temps et une hausse de la charge de travail pour les médecins à tous les niveaux hiérarchiques. Ce qui explique sans doute pourquoi, dans de nombreux hôpitaux, la tradition de la visite médicale a perdu de son importance dans la formation de la relève.

Ce constat m’amène à évoquer les visites d’établissements, un outil essentiel pour assurer la qualité de la formation postgraduée. A chaque changement de responsable, toutes les cliniques reconnues doivent faire l’objet d’une visite. L’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue (ISFM) en organise environ 150 par an, un effort conséquent mais justifié. Chaque établissement est évalué par une équipe de trois personnes, une représentant la discipline, une spécialisée dans une autre dis­cipline et la troisième représant l’Association suisse des médecins-assistant(e)s et chef(fe)s de clinique ­(ASMAC). Ces experts étudient les dossiers en amont, s’entretiennent avec l’équipe de direction de l’hôpital, les responsables d’établissements de formation, les médecins-cadres et, de manière strictement confidentielle, avec les médecins assistants. Il est frappant de voir avec quelle rapidité les équipes de visite chevronnées saisissent le climat de travail et d’apprentissage d’une clinique et comment elles discutent ouvertement des avantages et inconvénients de la formation postgraduée avec les personnes concernées.

On entend régulièrement des directions hospitalières qu’elles accordent une grande importance à la formation postgraduée et qu’elles la soutiennent activement. Un enthousiasme souvent relativisé quand on se tourne vers les échelons hiérarchiques plus bas et qu’on parle directement avec les médecins assistants. Dans l’ensemble, ils jugent la formation postgraduée satisfaisante, voire très satisfaisante. Il arrive même – si on leur demande ce qu’elles ou ils feraient si une fée venait exaucer leurs vœux en matière de formation postgraduée – que la question reste sans réponse. Malheureusement, il arrive aussi que certains établissements de formation ne peuvent ou ne veulent pas répondre aux exigences. Non-respect du temps de travail réglementaire, tâches administratives excessives et souvent perçues comme inutiles sont des sujets récurrents. Les équipes de visite relèvent parfois aussi des ­lacunes spécifiques à la clinique: difficulté à joindre les médecins-cadres, manque «d’unité de doctrine», tableaux de service opaques ou phases d’introduction minimales.

Selon leur gravité, ces points sont discutés lors de l’entretien final et formulés sous forme de recommandations ou d’exigences dans le rapport de visite. La plupart des visites d’établissements se déroulent dans une atmosphère collégiale et de nombreux responsables d’établissement relèvent que les travaux préparatoires et les échanges ont été positifs. Bien sûr, il arrive que des établissements accueillent l’équipe de visite avec froideur, soient sur la défensive ou se présentent sous leur meilleur jour, se cachant derrière les apparences. Il est donc important de faire preuve d’esprit critique et d’empathie.

Formatrices et constructives, la visite médicale et la ­visite d’établissement constituent les deux piliers de la formation médicale postgraduée.

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