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Courrier / Communications

La neutralité n’est pas possible

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.20074
Date de publication: 18.08.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(33):1052

Georges Conne, médecin de famille à la retraite, Prilly

La neutralité n’est pas possible

Lettre concernant: Martin J. Quelle neutralité dans la pratique médicale? Bull Med Suisses. 2021;102(29–30):976.

Cher confrère, merci pour votre texte paru dans le BMS à propos de la «neutralité» dans la pratique médicale. Je me sens concerné quand vous évoquez notre travail de suivi de toxi­comanes – nous étions quelques médecins à le faire avant la création des centres d’accueil vaudois. Oui, la neutralité – dans ce contexte mais aussi dans d’autres situations – n’est tout simplement pas possible ni thérapeutique. Le patient a besoin de se savoir respecté, soutenu, accompagné dans son retour de l’exclusion à la marginalisation et plus tard, idéalement, à la réinsertion sociale. Dans toute relation médecin-patient, il est essentiel que ce dernier soit convaincu que son médecin est concerné par son problème. On peut parler de lien thérapeutique ou de joining. Il ne s’agit pas ici des liens qui ligotent mais de ceux qui nous relient à la personne. Dans certains passages délicats, il est préférable de s’encorder. C’est un engagement primordial qu’il faut ­garantir si l’on veut pouvoir établir une collaboration efficace. Rien à voir avec la complicité! Petite anecdote amusante: à un colloque du jeudi sur l’AI, un confrère collaborateur de cette institution nous dit: «Vous, médecins traitants, n’avez pas à être les avocats de votre patient!» J’ai bondi de ma chaise et lui ai ré­pliqué, avant de claquer la porte: «Et vous, de quel droit en êtes-vous le juge?» En ce sens, je n’accuse personne, ce n’est en effet pas le rôle de l’avocat, je défends mon patient – qu’il soit toxicomane, étranger ou simple citoyen – en son nom, lui qui n’en a souvent pas les moyens, c’est un devoir dicté par l’éthique. Ne pas le faire me rendrait alors complice d’une injustice entretenue par les préjugés, les malentendus ou l’ignorance alors que qui d’autres que nous, médecins traitants, connaît mieux la personne concernée. Confraternellement vôtre.

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