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Courrier / Communications

Empathie, jusqu'où?

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.20053
Date de publication: 04.08.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(3132):995

Dr Paul Schneider, 
chirurgien retraité, Sainte-Croix

Empathie, jusqu’où?

Lettre concernant: Martin J. Quelle neutralité dans la pratique médicale? Bull Med Suisses. 2021;102(29–30):976.

Cher Confrère Jean Martin,

Votre article paru dans le BMS du 21 juillet 2021 me parle, m’interpelle. La neutralité bienveillante, essentielle pour établir une relation de confiance, se situe entre

– l’absence d’empathie, une médecine qui pourrait être dispensée par un robot; ceci dans un contexte où l’on recherche sécurité à 100% et où toutes les connaissances scientifiques sont accessibles sur internet, où il n’y aurait même plus besoin d’une assurance RC

– le trop d’empathie, la naïveté qui nous fait tomber dans des pièges, l’écueil du manque de distance critique devant des patients manipulateurs.

Je suis à la retraite, mais toujours actif dans une association romande (médecins-action-­santé-migrants) qui se préoccupe de l’éthique dans le domaine de l’asile. Nous sommes confrontés à des lois et des règlements fédéraux qui sont le reflet depuis quinze ans de ce que la droite nationaliste prône, et qui sont souvent en porte-à-faux avec notre Constitution, la Déclaration universelle des droits humains, des droits des enfants ou simplement la règle d’or qui se trouve déjà dans l’Evangile: «Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse.»

Oui, l’empathie (déjà bien avant le stade du «militantisme») est effectivement une pente glissante, et peut conduire à enfreindre ces lois – et parfois jusqu’à la désobéissance civique au nom de notre conscience, nourrie par les serments qui régissent l’activité médicale (Hippocrate, Genève, Helsinki…).

A quel moment y a-t-il la bascule vers l’empathie du professeur Vanotti, et selon quels critères? En médecine individuelle, clairement quand il y a une injustice à l’égard du patient faible et démuni. Nous avons besoin de discernement, de recul, en partageant la préoccupation avec un confrère, une consœur. Pourquoi les médecins doivent-ils entrer dans un débat qui est plutôt juridique? Pourquoi pas? Cela me rappelle le reproche qu’on fait à l’Eglise de sortir des thèmes spirituels. Comme le dit Virchow que vous citez, la politique n’est que la médecine sociale pratiquée en grand. D’où ma dernière réflexion: en Santé publi­que, nous rencontrons une subtilité supplémentaire. Le corps médical est-il au service d’un intérêt supérieur, ou peut-il être instrumentalisé par une Administration (en cautionnant par exemple certains renvois forcés)? Il faut du courage pour faire de l’objection de conscience.

Chaque médecin, à la place qui est la sienne, doit décider au cas par cas où il met le curseur entre neutralité distante et empathie active, entre sa tranquillité et sa vocation.

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