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Et encore …

Pourquoi j’aime aller chez le médecin en Suisse

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.19975
Date de publication: 04.08.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(3132):1016

Eva Mell

Managing Editor du Bulletin des médecins suisses

«Vous avez des questions? Est-ce que je peux encore clarifier un point ou l’autre?» Je me souviens très bien de cette phrase lors d’une consultation médicale en Suisse et je n’en croyais pas mes oreilles. Pouvais-je vraiment encore poser une question? Jusqu’à présent, j’avais rarement eu droit à autant de sollicitude de la part d’un médecin.

Si j’en crois mon expérience de vie en Allemagne, les médecins n’ont jamais le temps. Avant chaque rendez-vous, je m’escrimais à formuler intérieurement des questions aussi concises que possible pour pouvoir vite les poser en consultation. Mais il arrivait que je ressorte du cabinet munie d’une ordonnance sans vraiment comprendre pourquoi ce traitement et pourquoi sous cette forme.

Je travaille en Suisse comme rédactrice depuis maintenant plusieurs années, et la journaliste que je suis a tout de suite été enthousiasmée par les courtes distances et la diversité culturelle. Rencontrer les personnes sur lesquelles j’allais écrire, aborder des thèmes variés ont tout de suite compensé l’excès de bureaucratie lié au fait de commencer un travail en Suisse. Au début, je me demandais même pourquoi je devais conclure une assurance-­maladie ici. Or, dans l’intervalle, la prise en charge ­médicale est la plus belle surprise liée à mon activité professionnelle en Suisse.

Mes deux enfants sont nés dans des hôpitaux suisses. Quand ma fille aînée était bébé, elle a eu de graves ­problèmes de santé qui ont nécessité des soins dans un hôpital universitaire. Elle va mieux maintenant, mais doit toujours se rendre régulièrement chez le médecin en Suisse.

Deux ou trois jours après sa naissance, j’étais en train de prendre mon petit déjeuner à la cafétéria de l’hôpital, lorsqu’une mère s’est exclamée: «Je ne veux plus rentrer chez moi. Je me sens comme à l’hôtel ici, tout le monde est aux petits soins.» J’ai souvent pensé à cette phrase lorsque j’étais hospitalisée en Suisse. A chaque fois que je sonnais pour des douleurs, des questions ou des craintes, un membre du personnel soignant arrivait et prenait patiemment le temps dont j’avais besoin en tant que patiente ou maman d’une patiente.

Dans les hôpitaux allemands en revanche, j’ai souvent été confrontée à des médecins et à des soignantes et soignants sous pression de temps et reçu des traitements qui m’ont fait douter du système de santé.

En disant cela, je présente une vision quelque peu unilatérale, ce qui n’est pas très professionnel de la part d’une journaliste. Laissez-moi donc préciser qu’en Allemagne, j’ai aussi été très satisfaite des soins médicaux reçus et j’ai beaucoup d’estime pour certains médecins. De plus, mes collègues de travail suisses m’ont fait part des mêmes critiques en ce qui concerne le système de santé helvétique. Les médecins sont pressés, peu avenants et ne tiennent pas compte des besoins des patientes et patients. Mes ­collègues ici semblent donc partager le même vécu que moi là-bas.

J’avoue que je n’ai pas eu que des expériences positives avec des médecins suisses. J’ai été ravie que mon médecin m’invite à lui poser des questions même si quelques semaines plus tard, j’ai eu des difficultés à communiquer avec lui – ce qui nous a tous deux irrités. J’ai néanmoins apprécié qu’il prenne le temps d’en discuter, de sorte que nous puissions clore le traitement en toute sérénité.

En tant que nouvelle rédactrice au Bulletin des médecins suisses, je me réjouis donc de pouvoir plonger au cœur des sujets qui touchent le corps médical. Après quelques semaines, je constate que les évolutions du système de santé suscitent la discussion, que certaines critiques sont justifiées et des améliorations nécessaires. En dépit de ces débats, permettez-moi de conclure cet article en adressant un grand «merci» à tous les médecins.

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