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FMH

Le vaccin et le caducée

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.19846
Date de publication: 12.05.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(1920):639

Jana Siroka

Dre méd., membre du Comité central de la FMH et responsable du département Médecine et tarifs hospitaliers

Depuis des millénaires, le caducée d’Esculape, avec son serpent unique, et celui de Mercure, avec deux serpents, symbolisent les arts médicaux. Le caducée de Mercure, autour duquel s’enroulent deux serpents, un noir et un blanc, est emblématique de la connaissance et la gestion des polarités, et les deux ailes dont il est parfois orné, de la capacité à se mouvoir rapidement entre deux pôles.

Que ce soit dans l’évaluation d’options théra­peutiques, dans les interactions sociales avec les patients et les proches, ou dans la coopération ­interprofessionnelle, nous devons sans cesse naviguer de manière aussi avisée que possible entre deux pôles.

Nous, médecins, nous trouvons aujourd’hui dans un rôle clé au cœur de la crise, à la fois médicale et sociétale, du COVID-19. Dans ce contexte se posent quantité de questions sur les approches thérapeutiques possibles, et notamment sur l’option de la vaccination. Sur la base de nos connaissances et de notre expérience en tant que médecins, nous pouvons anticiper que le ­vaccin ne permettra vraisemblablement pas à lui seul de sortir de la crise. Dans cette pandémie également, il est important de ne pas perdre de vue les deux pôles qui guident notre action. L’un d’eux est la prévention, et donc l’espoir de prévenir la contamination au COVID-19. Outre un mode de vie sain, la vaccination contre le COVID-19 peut permettre d’atteindre un bon niveau d’immunité et donc prévenir l’apparition de la maladie. Toutefois, comme pour tous les autres vaccins, la question se pose de sa sécurité et de son efficacité. Combien de temps subsistera son effet protecteur? A quelle fréquence faudra-t-il le répéter? A quelle fréquence pourra-t-on le répéter? Qu’en est-il des effets secondaires rares ou tardifs, et des mutations du virus? Pour toutes les personnes qui ont contracté le virus et en ont guéri, les mêmes questions se posent sur leur immunité: combien de temps ces personnes sont-elles protégées? Qu’en est-il des mutations du virus? Dans le cas du SARS-CoV-1, on sait que l’immunité cellulaire acquise du fait de la maladie perdure de nombreuses années; pour le SARS-CoV-2, en revanche, on ne sait encore rien, pour des raisons évidentes, de la durée de cette immunité naturelle. On ne dispose pas de données probantes permettant de déterminer si oui ou non les vaccins contre le COVID-19 administrés peu de temps après la maladie peuvent déclencher de graves effets secondaires. Les recommandations émises par les différents pays sur la question sont aussi diverses que changeantes.

Après le pôle prévention, il y a celui du traitement. Il s’agit de chercher et de trouver des approches thérapeutiques permettant de gérer cette maladie, qui peut connaître des évolutions lourdes ou chroniques, et dans l’idéal de la guérir. Je me demande si nous n’avons pas par trop perdu de vue ce deuxième pôle, à savoir celui du traitement de la maladie, face à l’euphorie des médias autour du vaccin. J’espère que nous, médecins, investirons toutes nos forces, notre esprit scientifique et notre volonté de soigner dans la recherche de thérapies et de médicaments à même d’aider les personnes atteintes de COVID-19.

Car pour surmonter la crise, il faudra mettre tous les atouts de notre côté, et miser à la fois sur la prévention et les soins, symbolisés par les deux serpents du caducée de Mercure.

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