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Et encore …

Zoomer dans les règles de l’art

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.19774
Date de publication: 05.05.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(18):634

Rouven Porz

Prof., éthique médicale et formation postgraduée, Insel Gruppe, Hôpital de l’Ile, Berne

Participez-vous aux vidéoconférences en survêtement? Non? Eh bien, moi non plus, ça ne me convient pas du tout, j’arrive mieux à me concentrer en habits de travail. La force de l’habitude, sans doute. Cisco ­Webex, Zoom, Microsoft Teams, Skype sont devenues les stars de la pandémie: elles nous permettent d’une part de continuer à travailler et à rester connectés et démontrent d’autre part qu’il n’est pas nécessaire de parcourir le monde pour participer à chaque rencontre internationale. D’un point de vue éthique, c’est intéressant. Cependant, ce procédé désormais acquis d’organiser des appels vidéo de groupe est relativement nouveau culturellement. Si la valeur des visioconférences est incontestée, ses règles d’utilisation ne sont pas encore bien établies dans la société. Il n’existe pas encore de normes à proprement parler. On se souvient de nos doutes et notre manque d’expérience l’année passée lors du premier cours, de la première séance en ligne. Depuis, nous avons fait nos armes, mais les règles ne sont pas encore totalement ancrées. J’en profite donc pour en formuler sept avec une pointe d’humour. Elles seront certainement obsolètes dans quelques années, une fois que les règles de bienséance auront fait école.

1. Pantalons ou survêtement: à mon avis, cela ne pose aucun problème de porter un survêtement surtout si l’on est cadre au sein d’une équipe sportive de ­renommée nationale ou internationale. Pour les autres corps de métier, c’est un peu plus délicat.

2. Chemise ou t-shirt: les cravates me semblent plutôt mal vues en ce moment – ce qui est bien dommage.La plupart des visioconférences se font en tenue plutôt décontractée, il me semble, mais est-ce déjà devenu la norme? Les médecins sont souvent en blouse blanche, ce qui m’étonne un peu: est-ce vraiment nécessaire vu qu’ils ne sont pas en contact ­direct avec des patients? Est-ce une question d’hygiène? J’opterais plutôt pour l’habitude.

3. Chiens et enfants: sujet épineux. J’aime les chiens et aussi certains enfants, mais que dire lorsqu’ils s’immiscent dans des visioconférences? Quelque chose me gêne sans que j’arrive précisément à mettre le doigt dessus. Faut-il vraiment clarifier cette question tout de suite? Tout cela est nouveau, laissons couler un peu d’eau sous les ponts et reposons-nous la question dans quelques mois.

4. Arrière-plan: c’est fou ce que j’ai vu comme cuisines, bibliothèques et reproductions d’œuvres d’art dans les salons de personnes inconnues au cours de l’année écoulée. Un peu trop d’intimité à mon goût parfois. Un arrière-fond de bureau standard et rassurant me semble moins distrayant. Tous les logiciels de visioconférence offrent d’ailleurs la possibilité de flouter l’arrière-fond ou de le remplacer par une image de synthèse. J’ai l’impression que cela deviendra la norme (et pas les cuisines agencées ou les meubles de salon).

5. Horaire: les visioconférences ont trop souvent lieu le soir, du moins dans mon domaine, ce qui a le don de m’énerver. Les sujets traités sont-ils «si peu ­importants» qu’on ne puisse les traiter durant la journée ou au contraire «si importants» qu’il faille leur réserver une place en soirée?

6. Déroulement: le processus de la «visioconférence» – qui contient d’ailleurs le mot «conférence» – est certainement le plus grand défi. Le rôle d’une modératrice ou d’un modérateur me paraît encore plus important que dans les réunions en présentiel. Chaque séance en ligne devrait commencer par une annonce claire des objectifs visés et de la personne chargée du bon déroulement du processus. Une règle qui va sans aucun doute s’imposer.

7. Fin de la réunion: c’est le moment le plus incertain, surtout les dix dernières secondes. Lors des réunions dans la vraie vie, il est convenu d’y mettre fin en prenant sa veste, en échangeant quelques formu­les de politesse avant de quitter la pièce ou la salle de classe. Et dans le monde virtuel? Il suffit de cliquer sur «quitter la réunion» pour se retrouver à nouveau seul face à son écran. Je ne sais pas, mais il vaudrait la peine d’inventer une meilleure manière de se dire au revoir en ligne.

Et pour terminer, comme il s’agit d’un article et pas d’une réunion virtuelle, je ne suis pas tenu de respecter le point 7 et vous souhaite par conséquent une agréable journée.

Adresse de correspondance

rouven.porz[at]saez.ch

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