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Horizons

Regard prospectif sur le développement durable

Inventer l’avenir: démarches ­novatrices pour un futur durable

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2021.19561
Date de publication: 17.03.2021
Bull Med Suisses. 2021;102(11):408

Jean Martin

Dr méd., membre de la rédaction

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Mathieu Baudin
Dites à l’avenir que nous arrivons
La (r)évolution des conspirateurs positifs
Editions Alisio: Paris; 2020, 191 pages

Historien et prospectiviste, Mathieu Baudin dirige actuellement l’Institut des Futurs Souhaitables (IFS), un think tank dont la vocation est de diffuser des nouveaux savoirs répondant aux enjeux actuels, notamment sur les plans écologique et de la durabilité. Le but est de «réhabiliter l’attention et la prise en compte du temps long» dans les décisions prises à tous les ­niveaux et de nourrir le débat public.

Il publie un guide étoffé, à la fois conceptuel et pratique, avec aussi d’utiles notations historiques, sur les manières de construire de nouveaux futurs. «Nous ­vivons en ce moment une sorte de guerre entre les ­tenants d’un système dépassé (d’hyper-exploitation des ressources, production et consommation), d’une part, et les apôtres de l’effondrement – raillant les ­tentatives de bifurcation.» Entre les deux, la voie est étroite, mais il importe de la trouver: «La fin d’un monde n’est pas la fin du monde», dit-il en page 15.

Qui contesterait que nous avons trop négligé la question du sens, dans sa double acception de direction et de valeur, dans nos existences et la marche de la société? Il s’agit en premier lieu de changer notre regard, dit l’au­teur, y compris le rapport que nous entretenons avec le vivant, en considérant la complexité des connexions et interconnexions qui font la vie. Le prospectiviste suggère de signer des «déclarations d’interdépendances» pour continuer l’aventure – à propos de biodiversité, sécurité alimentaire, climat, énergie, démocratie, santé, eau, finance mondiale, etc. Soulignant ainsi sa conviction que «si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé». Après avoir lancé l’idée d’une Académie du futur, il propose la mise en place d’un «Ministère du Temps Long», ceci afin de privilégier une vision à long terme.

Dans ces perspectives, l’IFS, «école de la réinvention» et incubateur, rassemble des personnes innovatrices («conspirateurs positifs»), toutes engagées dans des démarches d’élaboration de manières nouvelles de vivre et fonctionner, profitant entre autres des apports du biomimétisme. Il met sur pied des formations substantielles, en empruntant des chemins de traverse et en repérant les «signaux faibles».

Sont traitées les nouvelles technologies et leur place croissante, évoquant les espoirs et démarches transhumanistes – et un peu folles – qui cherchent à «augmenter» l’être humain. Voici ce qu’écrit Mathieu Baudin à propos de robots et d’intelligence artificielle (IA): «La bonne nouvelle c’est que le développement des IA pose la question de l’essentiel. La place du robot questionne notre humanité [...] A côté du transhumanisme, ce délire très californien de vouloir rester dans la course avec la machine, il y a de la place pour du trèshumanisme.» Un sympathique néologisme qui signifie, au-delà du numérique, faire de nous des humains encore plus humains.

Mathieu Baudin cite aussi le philosophe indien Krishnamurti: «Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société malade.» Dans pratiquement tous les scénarios de futurs souhaitables, émerge la question de la reconnexion entre humanité et nature. Non par militantisme, mais par nécessité de survie. Pour l’auteur, c’est une preuve que nous sommes demandeurs d’un regard différent sur le monde.

Cet ouvrage bénéficie d’une préface de Joël de Rosnay, scientifique français et vulgarisateur connu, qui note qu’il y a plus de vingt ans que Mathieu Baudin voyage entre futur, passé et présent pour nous permettre de comprendre notre époque et d’imaginer demain. Le philosophe altermondialiste Patrick Viveret, avec qui l’auteur a écrit Le bonheur en marche (2015), a rédigé la postface.

Il s’agit d’un récit très bien informé des nombreux groupes et démarches en France poursuivant des travaux dans ces domaines. Le public intéressé se réjouira d’une lecture stimulante au caractère décentrant, par la description d’initiatives qui peuvent nous mettre en route vers un avenir plus participatif et interconnecté.

Adresse de correspondance

jean.martin[at]saez.ch

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