Courrier / Communications

Le contenu du Bulletin des médecins suisses est-il équilibré? (avec réplique)

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2020.19142
Date de publication: 26.08.2020
Bull Med Suisses. 2020;101(35):1026-1027

Groupe de travail et communauté d’intérêts «Alètheia – Médecine et Science pour l’application de mesures proportionnées»: MSc. EPFL Fabien Balli-Frantz, Bienne; 
Dr méd. Jorge Castillo, La Chaux-de-Fonds; Cand. méd. Maurane Chollet, Lausanne; 
Dr méd. Urs Guthauser, Berne; Dr méd. Andreas Heisler, Ebikon; Dr Mike Heller, Schüpfheim; Dr méd. Björn Riggenbach, Neuchâtel; Dr méd. Rainer Schregel, Wattwil, et Dr méd. Dieter Thommen, Thoune

Matthias Scholer

Rédacteur en chef BMS

Membre de la direction EMH

Le contenu du Bulletin des médecins suisses est-il équilibré? (avec réplique)

Ces derniers mois, le BMS est focalisé sur un unique thème: Covid-19.

Le journal bien estimé de notre ordre a quasi abandonné la diversité éprouvée de nombreux thèmes et semble s’aligner selon «l’Unité de Doctrine» mondiale. En tant que médecins, nous expérimentons par notre pratique quotidienne, une multitude d’apparences cliniques permettant de relativiser de probables dangers sanitaires «déclarés sans précédent». Notre expérience nécessite d’être valorisée dans les thèmes de l’actualité sanitaire.

Afin de contribuer à un équilibre, nous nous engageons en tant que «Alètheia – Médecine et Science pour l’application de mesures proportionnées», principalement dans les domaines suivants:

a) La gestion de la scientificité: Actuellement, les expériences pratiques se trouvent à l’écart de la discussion scientifique, alors qu’elles devraient y être intégrées. En outre, une distinction claire entre hypothèses et faits n’est plus que jamais nécessaire. Tout résultat doit être vérifié et chaque analyse validée par des pairs. La critique objective et constructive des métho­des ne doit nullement être empêchée ou évitée, par égard à l’essence et au rôle de la scien­ce.

b) La gestion des statistiques: La projection des chiffres, surtout dans les communications au grand public, démontre un manque d’objectivité et un déséquilibre justifiant une amélioration. Le BMS pourrait jouer un rôle clé à cet égard, par la publication d’articles rendant compte de l’utilité concrète et pratique des chiffres.

c) La gestion des mesures: Nombre de mesures de lutte présentent une efficacité insuffisamment documentée ou établie. Sur le plan médical, elles sont souvent contradictoires et disproportionnées. Il n’est guère scientifique de court-circuiter les hypothèses à l’application d’un concept d’actions; cette procédure précipitée laisse songeur. Dans la pratique, nombre de mesures de lutte provoquent des effets indési­rables d’ordres physiques et psycho­logiques inconsidérés, voire minimisés. Ces mesu­res n’intègrent d’ailleurs pas de points de vue holistiques. Les exigences hippocratiques et déontologiques de notre pratique poussent à établir un bilan de proportionnalité des avantages et préjudices liés à chaque mesure de lutte, et à promouvoir la discussion critique.

Nous attendons du BMS des efforts en ce sens et souhaitons qu’il mette à disposition un forum permettant des discussions aux argu­ments diversifiés sur la mise en question de la signification pratique d’études infectiologiques. Finalement, le monde ne constitue pas uniquement d’infections, et notre monde médical non plus. D’autres sujets méritent notre attention. Les sous-signés participent à la discussion critique, en prenant particu­lièrement compte de la proportionnalité des mesures; ils sont ouverts au dialogue.

Réplique à: «Le contenu du Bulletin des médecins suisses est-il équilibré?»

La lettre contient malheureusement certaines inexactitudes que nous voulons corriger ici.

Thèmes scientifiques:le Bulletin des médecins suisses (BMS) a été créé il y a cent ans pour traiter les questions de santé et de politique sociale séparément des thèmes scientifiques [1]. Ceci est toujours le cas aujourd’hui. Les contributions scientifiques peuvent être publiées dans le Forum Médical Suisse (SMF) et le Swiss Medical Weekly (SMW). Ces deux revues contiennent des articles scientifiquement fondés – dont certains sur les sujets que vous évoquez – qui sont examinés par des pairs et publiés par deux équipes éditoriales différentes.

Ressources: les articles de fond que vous proposez sont sans aucun doute intéressants. Leur mise en œuvre nécessite toutefois des ressources considérables. La Chambre médicale de la Fédération des médecins suisses (FMH) ayant ­décidé de supprimer complètement les cotisations de base pour le BMS et le SMF à partir de janvier 2019, les Editions médicales suisses EMH manquent de moyens correspondants.

Diversité des sujets: vous écrivez: «Le journal bien estimé de notre ordre a quasi abandonné la diversité éprouvée de nombreux thèmes...» Je tiens à souligner que la première partie du BMS (toutes les rubriques avant les offres d’emploi) contient des textes soumis par la FMH, les sociétés médicales et d’autres organisations du corps médi­cal. Nous avons, en tant qu’éditeur, peu d’influence sur le choix des sujets. De plus, sur l’ensemble de tous les articles (hors lettres de lecteurs/lectrices) des cinq derniers numéros, soit 58 articles publiés du 3 juin au 10 août, seuls onze avaient un rapport avec Covid-19 au sens large. Nous comprenons ainsi diffi­cilement ce que vous décrivez comme une menace pesant sur la diversité des sujets.

Nous continuerons à attacher une grande importance à ce que le Bulletin des médecins suisses soit une plate-forme de discussion attrayante et de grande qualité, ouverte à tous les milieux intervenant dans ou intéressés par le secteur de la santé.

1 Eberhard Wolff. Du journal militant à la revue phare. Bull Med Suisses. 2020;101(1–2):32–3.

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