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Courrier / Communications

Suicide collectif

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2020.18885
Date de publication: 06.05.2020
Bull Med Suisses. 2020;101(1920):639

Andy Biedermann, Claudio Knüsli, Roswitha Koch, Simone Köchli, Eric Lainey, Sibylle Meier Kronawitter, Toni Reichmuth

Membres du Comité de l’Alliance Suisse des Professionnels de Santé pour la Protection du Climat (One Health Alliance)

Suicide collectif

«Il faut bien mourir de quelque chose.» On entend régulièrement cette phrase pour justifier l’absence de changement face à un comportement dont on connaît pourtant les risques. Par exemple de la part de fumeurs. Mais derrière cette apparente résignation fataliste, nos connaissances sur la pharmacologie de la nicotine, notamment quant à son extrême ­capacité à créer une situation de dépendance, doivent bien sûr nous faire entendre la souffrance d’une personne qui n’arrive pas à se libérer du joug de la cigarette. En tant que professionnels de la santé, nous ne pouvons bien sûr pas accepter l’idée d’une telle résignation, tout comme, en allant plus loin, nous ne pouvons pas accepter l’idée du suicide d’une personne. Car derrière un suicide, il y a également une souffrance. Notre rôle de soignant est précisément d’identifier cette souffrance, quand il est encore temps, pour prévenir le suicide, avant tout passage à l’acte pouvant être fatal. Après, il est trop tard. On ne guérit pas du suicide, et il n’y a donc qu’une seule possibilité, le prévenir.

La situation est bien sûr encore plus préoccupante lorsque le comportement du fumeur a des conséquences sur la santé de son entourage. Et bien sûr, on pense avant toute chose au tabagisme passif subi par ses enfants. Le «il faut bien mourir de quelque chose» devient alors totalement absurde, insupportable, intolérable. On ne peut donner la vie à un enfant sans vouloir protéger sa santé. De même, le comportement d’une personne suicidaire devient éminemment problématique lorsqu’il entraîne d’autres personnes dans une mort certaine. Souvenez-vous: le 24 mars 2015, un jeune pilote de la Germanwings, âgé de 27 ans, suicidaire, précipite son avion contre la paroi d’une montagne des Alpes. Cent cinquante morts. Peut-on raisonnablement accepter l’idée qu’un seul de ces passagers, lors des 10 longues minutes de descente de l’avion précédant le crash, se soit résigné en se disant «il faut bien mourir de quelque chose»?

Nous sommes actuellement dans une sorte d’aéronef qui s’appelle Planète Terre, seuls au milieu de l’Univers. Et nos dirigeants, nos «pilo­tes», nous conduisent actuellement vers une mort collective certaine avec un réchauffement climatique qui s’accélère et qui, si ce n’est pas déjà trop tard, va bientôt devenir incontrôlable à cause des boucles de rétroaction qui ne font qu’amplifier la rapidité et la gravité du phénomène. Doit-on, collectivement, accepter cette situation avec fatalisme en nous disant: «Il faut bien mourir de quelque chose»?

One Health Alliance vous invite à prendre ­position en répondant urgemment à cette question concernant le comportement suicidaire de nos dirigeants, qui nous conduisent vers une mort certaine. Après, il sera trop tard. On ne guérit pas d’un suicide collectif. Il faut donc le prévenir.

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