Nécrologie

In memoriam Daniel Masson (1934–2020)

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2020.18855
Date de publication: 22.04.2020
Bull Med Suisses. 2020;101(1718):575

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Daniel Masson est décédé subitement le 20 mars dernier, dans sa 86e année, près de 20 ans après avoir pris sa retraite institutionnelle en tant que médecin-chef du Centre de Traitement Psychiatrique de Jour à Lausanne. Il avait poursuivi une pratique clinique privée jusqu’en 2015. Tout au long de sa carrière et jusqu’à tout récemment, il a supervisé bon nombre de thérapeutes ayant des pratiques cliniques dans le DP-CHUV, des psychiatres-psychothérapeutes du Groupement des Psychiatres Vaudois (GPPV), ainsi que des formateurs du MAS systémique de l’UNIL. Daniel Masson a été un des pionniers de la thérapie systémique dans notre canton. Nous lui rendons ici hommage en évoquant son parcours et quelques-uns de ses apports.

Formé à la psychothérapie psychanalytique comme la plupart des psychiatres de sa génération, il est parti aux Etats-Unis à la fin des années 60 pour rencontrer et voir travailler les grands noms de la thérapie de ­famille. De retour, avec un regard nouveau sur le patient et ses symptômes, il a mis ses connaissances en pratique en ouvrant et dirigeant le Centre de Traitement Psychiatrique de Jour à Lausanne. Il a ensuite quitté cette institution pendant une dizaine d’années, avant d’y revenir jusqu’à sa retraite. Dans l’intervalle, il a créé le Centre de psychologie médicale qui a précédé le Service de psychiatrie de liaison créé par le pro­fesseur P. Guex (lui-même prédécesseur du professeur F. Stiefel). L’apport de sa pensée a permis notamment aux équipes soignantes d’avoir un regard élargi sur le patient.

Daniel Masson était aussi très rigoureux dans son travail. Il a été par exemple l’un des premiers psychiatres au CHUV à introduire des données dans les premiers ordinateurs existants pour modéliser les données et les activités. Il a également été le rédacteur en chef de la revue Thérapie Familiale durant plusieurs années, revue qui publie des articles d’orientation systémique, en intégrant la contribution d’autres disciplines, citant souvent Edgar Morin, Derrida, Foucault et Cyrulnik.

Dans son activité de superviseur, bienveillant et chaleureux, Daniel Masson était toujours intéressé à l’autre et aux histoires que nous lui amenions. Il nous invitait à découvrir le système relationnel du patient avec une ­curiosité infinie. En mettant les thérapeutes dans un rôle de déclencheur d’expériences, il invitait à guider le patient dans l’exploration de ses ­capacités créatives avec un infini respect. Il aimait questionner, remettre en questions les certitudes, déconstruire et «détricoter»… Riche de son éclectisme, d’une si longue expérience clinique et psychothérapeutique, il surprenait toujours par un élément de compréhension auquel nous n’avions pas pensé. Il nous encourageait à lire, faisant référence non seulement aux écrits fondateurs de la systémique, mais aussi aux divers courants développés par la suite, notamment à l’approche centrée sur les solutions et aux théories de l’attachement. Son intérêt et sa curiosité s’étendaient à d’autres domaines, tels que la philo­sophie, la sociologie, la littérature, la musique, les fleurs, etc. Généreux, il partageait volontiers ses connaissances avec nous. De ces rencontres nous repartions toujours enrichis d’un nouvel élan d’ouverture et d’intérêt vers nos patients.

Daniel Masson était un homme intègre, humble, un grand humaniste. Pour ceux qui ont la grande chance de l’avoir connu, côtoyé, bénéficié de son savoir, sa dis­parition est une perte immense.

Nathalie Terrier, Jean-Bernard Daeppen

Adresse de correspondance

Jean-Bernard.Daeppen[at]chuv.ch

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