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FMH

Entretien avec la direction de l’ISFM

La formation continue, un vecteur de développement professionnel

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2020.18797
Date de publication: 08.04.2020
Bull Med Suisses. 2020;101(1516):528-531

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La direction de l’ISFM: Giatgen A. Spinas, Jean Pierre Keller, Raphael Stolz, Werner Bauer et Christoph Hänggeli (de gauche à droite)
Crédit photo: Tobias Schmid/ISFM

L’ISFM traite de formation postgraduée et de formation continue. Laquelle des deux a prédominé en 2019?

Christoph Hänggeli: En quantité, c’est invariablement la formation postgraduée: traiter et approuver les programmes de formation postgraduée des sociétés de discipline médicale, reconnaître et catégoriser les établissements de formation postgraduée, décerner les titres de spécialiste, c’est là la mission première que nous confie la loi sur les professions médicales. Mais la formation continue tend à prendre toujours plus de place.

Quelles raisons voyez-vous à cela?

Raphael Stolz: Nous sommes en train d’étoffer notre plate-forme de formation continue. Elle doit en tout premier lieu permettre aux médecins en exercice de documenter leur formation continue de la manière la plus simple possible, et de recevoir tous les trois ans un diplôme de formation continue.

A quoi servent la plate-forme et le diplôme 
de ­formation continue?

Raphael Stolz: Le corps médical doit trouver la voie médiane entre la responsabilité de chaque médecin d’accomplir sa formation continue et de pouvoir l’attester par un document crédible. La plate-forme électronique de formation continue permet déjà de saisir les sessions suivies, de les faire vérifier par la société de discipline médicale concernée et d’imprimer le diplôme de formation continue, c’est la manière la plus pertinente d’attester son devoir de formation continue. Récolter tous les justifi­catifs de participation n’est plus une ­solution adaptée ­aujourd’hui. Dans le courant de ces prochaines années, la plate-forme sera optimisée et plus facile à utiliser.

Vérifie-t-on si les médecins ont bien rempli leur devoir de formation continue? Qui s’en charge?

Werner Bauer: Nous souhaitons un système aussi libre que possible, avec le moins de réglementation, de bureaucratie et de «contrôlite» possible. Mais la liberté comporte toujours des obligations. Pour la formation continue, cela consiste en 150 heures (crédits), à obtenir et attester sur une durée de trois ans. Les sociétés de discipline sont chargées de vérifier la plausibilité des données fournies avant de délivrer un diplôme de  formation continue. Mais ni l’ISFM ni les sociétés de discipline ne sont habilités à prononcer de sanction. Les instan­ces de contrôle formelles sont les directions cantonales de la santé, qui ont la possibilité de faire dépendre le droit de pratique du devoir de formation continue.

Vous dites que la formation continue est plus 
que jamais d’actualité. Pourquoi?

Christoph Hänggeli: Les autorités veulent s’assurer que la formation continue médicale remplit son rôle, raison pour laquelle la plate-forme «Avenir de la formation médicale» (portée par l’Office fédéral de la santé publique et par la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé) a confié à l’ISFM le mandat d’analyser la situation de la formation continue des médecins en Suisse d’ici l’automne 2020.

En quoi consiste ce mandat? Peut-on prévoir les conséquences qu’il pourrait avoir?

Werner Bauer: Ce mandat charge l’ISFM d’examiner la situation actuelle de la formation continue et d’iden­tifier les éventuelles lacunes susceptibles d’agir sur la qualité de la prise en charge médicale. Il comprend environ 25 questions, auxquelles nous devons trouver une réponse plausible. Il y a par exemple la question de savoir si les médecins participent bien aux sessions de formation continue les plus adaptées à leur situation, ou s’ils choisissent les thèmes en fonction de leurs intérêts mais sans en avoir réellement besoin. Pour y répondre, nous devons examiner l’opportunité de mettre en place un système d’auto-évaluation permettant aux médecins de faire le point sur leurs compétences, puis de les aiguiller dans le choix des thèmes de formation continue. Nous sommes en train de rédiger le rapport en étudiant la littérature et en menant une enquête à large échelle ainsi que des entretiens plus ciblés. Nous espérons pouvoir démontrer de façon crédible que le devoir de formation continue est pris au sérieux, qu’il est rempli et bien documenté. Nous sommes naturellement ouverts aux améliorations qui ont du sens mais nous voulons les mettre en place sous la responsabilité du corps médical et ne pas donner aux autorités une occasion d’édicter des lois supplémentaires et de nourrir encore davantage l’appareil bureaucratique.

Pensez-vous que la formation continue a un avenir?

Giatgen Spinas: Et comment! En plus de permettre la mise à niveau des compétences, la formation continue devra à l’avenir s’orienter toujours plus vers le développement professionnel. C’est d’ailleurs la direction qu’elle prend au plan international; la notion de continuing professional development est de plus en plus présente. A l’instar d’autres professions, nous devons aussi partir du principe que le champ d’activité d’un médecin qui s’apprête à prendre sa retraite ne sera plus le même qu’au moment où il a terminé sa formation postgraduée. Il doit être en tout temps possible d’acquérir de nouvelles méthodes ou de faire évoluer sa carrière.

Qu’est-ce que cela signifie pour les sociétés de discipline et l’ISFM?

Giatgen Spinas: C’est un véritable défi! Nous devons nous assurer de façon rationnelle qu’il est possible d’évoluer dans la profession et d’apprendre de nouvelles techniques, tout en garantissant en tout temps la qualité requise.

On en revient à trouver un équilibre 
entre liberté et contrôle.

Jean Pierre Keller: Une possibilité pour cela est d’avoir recours aux EPA, les fameuses entrustable professional activities. Il s’agit d’unités concrètes regroupant des compétences cliniques et théoriques que le médecin doit être en mesure d’appliquer au quotidien. Ceux qui atteignent le niveau de maîtrise (entrustment) requis sont habilités à exercer ces tâches de façon autonome. Prenons l’exemple d’un patient se présentant aux urgences avec des douleurs abdominales aiguës; dans ce cas, l’anamnèse, l’examen clinique, le diagnostic différentiel, la mise en place des premiers examens nécessaires, le traitement en urgence et la communication sont autant de compétences. Autre exemple, la maîtrise d’une intervention ou d’une opération avec toutes les exigences que cela comporte. Une EPA est confirmée lorsque la personne a été observée de façon répétée par différents ­superviseurs et jugée compétente en tout point.

C’est certes convaincant, mais cela exige 
aussi un grand investissement.

Jean Pierre Keller: Tout à fait. Les EPA sont sur le point de s’établir dans le monde entier et ont d’ores et déjà été reprises dans le catalogue suisse des objectifs d’apprentissage pour la formation médicale prégraduée. La prochaine étape est à présent de les intégrer dans la formation postgraduée, et il est tout à fait envisageable que cette méthode soit également indiquée pour le développement professionnel continu.

Cet exemple illustre parfaitement toute la fascination de travailler pour l’ISFM: il s’agit autant de trouver des solutions à des problèmes actuels que de façonner l’avenir de la formation médicale.

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Version complète du rapport de gestion de l’ISFM

Vous trouverez la version complète du rapport de gestion de l’ISFM incluant la rubrique «ISFM Compact» et une rétrospective du secrétariat de l’ISFM sur le site internet de l’ISFM: www.siwf.ch → L’ISFM en bref → Rapports de gestion

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Elfenstrasse 18
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CH-3000 Berne 15
Tél. 031 359 11 11
siwf[at]fmh.ch

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