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«La vie privée est-elle victime de la vie professionnelle?»

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2019.18422
Date de publication: 11.12.2019
Bull Med Suisses. 2019;100(50):1701-1702

Daniel Lüthi

Journaliste indépendant et photographe, conseiller médiatique, Berne

Comment les médecins envisagent-ils leur rôle? Qu’est-ce qui est important pour elles et eux et qu’est-ce-qui leur fait peur? Comment l’image et la perception de soi ont-elles changé? Ce sont ces questions essentielles et brûlantes qu’abordera ­forumsante.ch en janvier prochain à Berne. Des médecins chevronnés et des conférenciers et conférencières de renom animeront les présentations. Il était intéressant de découvrir au congrès MEDIfuture à Berne comment les jeunes médecins répondent à ces même questions.

Quelle spécialité me correspond? Est-ce que je préfère un grand hôpital ou un cabinet médical? Une mission humanitaire à l’étranger peut-être? Ce sont ces questions qui préoccupent les quelque 300 étudiantes et étudiants en médecine et jeunes médecins, lorsqu’ils et elles pensent à leur avenir et planifient leur carrière. Et le plus important pour cette jeune génération est clairement l’équilibre vie privée – vie professionnelle.

Le travail à temps partiel est un thème récurrent lors de ce congrès organisé par l’Association suisse des médecins assistants et chefs de clinique, l’ASMAC, et qui s’est une fois de plus déroulé à guichet fermé.

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Jeunes médecins au congrès MEDIfuture à Berne.

Se redécouvrir

L’ancienne génération des médecins a d’autres priorités, notamment celle de se redécouvrir. C’est l’un des points de départ d’un autre congrès médical: l’ancien président de la FMH Jacques de Haller organise forumsante.ch, dont la prochaine édition se déroulera en janvier à Berne. Ses considérations donnent matière à réflexion: «Notre position de monopole a été remplacée par un nouveau rôle, de médecin je suis devenu coach, ce qu’on peut voir comme une perte de pouvoir.» Les patients disposent de nouvelles sources ­d’information, comme internet, et d’autres référents, les contraintes administratives sont de plus en plus importantes et l’image du métier a souffert, notamment en politique. «Ces changements ont engendré une certaine amertume et de la désillusion dans la communauté médicale. J’ai l’impression que beaucoup de médecins plus âgés sont maintenant anxieux et nerveux.»

La nouvelle génération

Au congrès des jeunes médecins, l’ambiance est détendue. Nora Rufener, jeune pédiatre, se tient au stand des pédiatres suisses avec son troisième enfant dans les bras, un bébé de six mois heureusement de bonne humeur. Avec une collègue, Nora Rufener est en train d’ouvrir son propre cabinet à Thoune, où les deux femmes travailleront à 60%. «Cela nécessite une bonne organisation et un partenaire compréhensif», explique la jeune médecin et maman. «A l’hôpital, ce ne serait pas possible de travailler comme ça, cela crée trop de problèmes avec les chefs et les structures.»

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La pédiatre Nora Rufener avec son enfant.

Justin Carrard, médecin du sport âgé de 30 ans, représente les «Students & Junior Doctors» de son association. «La vie privée est-elle victime de la vie professionnelle?», demande-t-il sans attendre de réponse. «Non, la nouvelle génération ne veut plus de ça.» A l’hôpital, il a rencontré des collègues plus âgés qui avaient travaillé 80 à 100 heures par semaine pendant trois mois. «Le pire dans tout ça: tout le monde trouve ça normal.» Ceux qui veulent s’en tenir aux 50 heures hebdomadaires définies par la loi sont, en tant que jeunes médecins, parfois exposés à une autre forme de pression: «Ils veulent les meilleurs. Et ce sont ceux qui font tout ce que les chefs demandent.» Les jeunes médecins ont conscience, ajoute le médecin du sport Carrard, que leur santé et un bon équilibre de travail sont essentiels. «Le burn-out nous fait peur.»

Et le salaire?

Les dépressions sont en augmentation, chez les médecins aussi. Christian Kämpf, médecin-chef au centre psychiatrique de Münsingen, le confirme. Dans le même temps, la spécialisation en psychiatrie rencontre des problèmes de recrutement. «Cela a beaucoup à voir avec notre image ainsi qu’avec nos salaires, spécialement dans les hôpitaux.» Une conséquence de cela, ajoute le docteur Kämpf, c’est qu’à peine la moitié des médecins assistants viennent de la zone germanophone, «et c’est, en psychiatrie, un gros problème notam­ment d’un point de vue culturel. Souvent, nous sommes ainsi trop éloignés des patients.»

Que pense-t-il de la jeune génération? Quelle importance revêt, par exemple, le salaire pour elles et eux? Le psychiatre réfléchit, sourit et dit: «Ils sont plus sûrs d’eux et plus exigeants que nous autrefois.»

21e forumsante.ch du 14 janvier à Berne

Le mardi 14 janvier 2020 (9h30–13h15) à l’Hôtel Bellevue à Berne, forumsante.ch organise pour la 21e fois une journée de réflexion sur un thème d’actualité: «Les rôles au sein de la médecine du XXIe siècle – il est temps de se redéfinir».

Parmi les conférenciers suisses et internationaux de haut niveau qui traiteront des divers aspects de cette question, on notera entre autres:

• le Conseiller fédéral Alain Berset,

• le Prof. Daniel Scheidegger, président de l‘Académie suisse des sciences médicales,

• le Dr Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse,

• le Prof. Frank-U. Montgomery, Chairman de l’Association médicale mondiale.

forumsante.ch ne s’arrête pas à discuter ce qui est, mais s’attache bien davantage à envisager et à réfléchir l’avenir – on y expose, construit et échange des idées pointues et originales sur le futur.

Site internet (programme et inscription): http://www.forumsante.ch/

Crédits

Zoe Roth

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