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FMH

Cuisinier ou serveur?

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2019.17746
Date de publication: 27.03.2019
Bull Med Suisses. 2019;100(13):451

Werner Bauer

Dr méd., président de l’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue (ISFM)

Ce numéro du Bulletin des médecins suisses propose un article sur la Journée de réflexion organisée chaque ­année par l’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue et le Collège des Doyens des facultés de médecine. Cette rencontre, consacrée aux problèmes actuels de la formation médicale, accorde une importance particulière à la continuité entre les études de médecine, la formation de spécialiste et la formation continue.

Lorsqu’un congrès revendique la notion de réflexion, la question de l’action se pose inévitablement; et à juste titre: une analyse pointue et des états des lieux rigoureux sont certes stimulants et nécessaires, mais les prochaines étapes pour avancer passent par des projets et des décisions porteuses de mesures concrètes.

Dans son exposé «Nouvelle ère, nouveaux médecins, nouveau système!?», un des orateurs, le Dr Günther ­Jonitz, président de la Chambre médicale de Berlin, a donc aussi exhorté le corps médical à devenir acteur d’une concurrence de la qualité se fondant sur «l’optimisation des soins» au lieu d’une concurrence permanente par le prix, synonyme de «décimation des structures». C’est à nous de savoir si nous voulons être «cuisinier ou serveur» (notons que, dans un bon restaurant, les deux sont indispensables, mais c’est grâce au cuisinier que la soupe est savoureuse et pas trop salée). De facto, les participants à la Journée de réflexion ont identifié plusieurs sources de préoccupation nécessitant une action au niveau de la formation médicale. Si nos possibilités d’influence sont en partie directes et décisives, l’autre part doit consister à convaincre ceux qui décident réellement et à les motiver à agir (rappelons qu’un traitement efficace contre la sourde oreille ou la restriction du champ visuel serait très utile).

Le changement des structures et des conditions cadres dans le domaine de la santé constitue un enjeu majeur de la formation prégraduée et postgraduée, avec notamment la prépondérance des facteurs économiques et de l’efficacité, l’impact complexe de la numérisation et les questions soulevées par la démographie médicale. Le transfert de nombreuses opérations de l’hospitalier vers l’ambulatoire aura par exemple de sérieuses répercussions sur la formation postgraduée dans les disciplines chirurgicales, car il s’agit précisément des opérations qui sont au cœur de l’entraînement des chirurgiens en formation. Ici, nous sommes fortement sollicités.

Il existe d’autres évolutions sur lesquelles nous devons non seulement réfléchir, mais aussi travailler activement: les catalogues des objectifs de formation qui, dans de nombreux domaines spécialisés, doivent être actualisés d’urgence et adaptés aux besoins effectifs et futurs de la profession. Un nouveau catalogue d’objectifs d’apprentissage (PROFILES), en cours d’introduction, cherche à éviter les inconvénients d’une liste ­interminable d’objectifs et instaure la méthode des «entrustable professional activities» (EPA) au niveau des études de médecine. Il s’agit d’un ensemble de compétences que les étudiants doivent maîtriser sur la base d’une évaluation minutieuse. Un tel investissement ne doit pas être sous-estimé. Les établissements de formation y seront prochainement confrontés puisqu’il est question d’intégrer les EPA dans la formation postgraduée.

En fin de journée, lorsque la discussion finale s’est focalisée sur la liste des tâches à effectuer, tout le monde s’est accordé à dire que tous, aussi bien les facultés que l’ISFM, les établissements de formation et les sociétés de discipline, étaient aujourd’hui mis au défi de s’at­taquer activement aux problèmes diagnostiqués et, donc, non seulement de planifier mais aussi d’ouvrir la voie pour la formation médicale de demain. Dans son intervention sur l’échec productif, le professeur Manu Kapur a encouragé à laisser les jeunes en formation s’atteler avec énergie à des tâches appropriées avant de leur imposer une formation théorique servie in extenso. Cette méthode apporte des résultats souvent étonnants et l’effet didactique est considérable, même en cas d’erreur ou d’échec initial. Alors, en cuisine!

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