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FMH

Pénurie ou pléthore? A vous de juger…

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2019.17718
Date de publication: 20.03.2019
Bull Med Suisses. 2019;100(12):410

Christoph Bosshard

Dr méd., vice-président de la FMH, responsable du département DDQ

Avons-nous trop de médecins ou pas assez? Avons-nous ceux qu’il nous faut? Qu’en sera-t-il à l’avenir? Ces questions suscitent un débat intense. Une chose est sûre, notre population vieillissante devient de plus en plus polymorbide et nous aurons de moins en moins de ressources pour y remédier.

En publiant chaque année sa statistique médicale, la FMH permet de recentrer la discussion sur des faits. Si nous revenons à l’année dernière, nous nous souvenons de l’étude de santésuisse qui a conduit à l’article sur le risque de surapprovisionnement médical et les coûts qu’il occasionnerait, paru dans la NZZ du 17 septembre 2018. Faut-il encore rappeler que, dans notre pays, l’âge moyen des médecins exerçant en cabinet est de 55 ans? Selon l’Office fédéral de la santé publique, près de 30% des généralistes et des pédiatres étaient âgés de plus de 60 ans en 2015 et seulement un sur cinq avait déjà trouvé un successeur pour son cabinet. En même temps, on apprenait le 16 octobre 2018 que le Parti social-démocrate (SPD) de la Hesse prévoyait de lutter contre la pénurie imminente de médecins en lançant un programme d’urgence, alors qu’en Allemagne l’âge moyen des médecins ambulatoires est de 52 ans et la densité médicale comparable à celle de la Suisse, voire supérieure en équivalents temps plein. Et ce n’est pas tout: en janvier 2019, le Jobradar annonçait que la Suisse n’avait encore jamais compté autant de postes de médecins vacants qu’aujourd’hui, leur nombre passant de 1130 en 2013 à 2951 en 2018. Cette information n’a pas manqué de nous interpeller. Pénurie ou pléthore? Jugez-en par vous-mêmes, chères lectrices et chers lecteurs.

Une autre publication intéressante nous est parvenue récemment. L’European Health Consumer Index 2018 révèle que la Suisse a détrôné les Pays-Bas et occupe ­actuellement le premier rang au classement des systèmes de santé européens. Un paragraphe du rapport a particulièrement retenu notre attention: «Il n’existe aucune corrélation entre l’accessibilité aux soins de santé et l’argent dépensé; il est par nature moins coûteux de gérer un système de santé sans listes d’attente qu’avec des listes d’attente! Contrairement à ce que croient beaucoup de gens et même certains politiciens de la santé, les listes d’attente ne permettent pas d’économiser de l’argent, elles en coûtent» (trad. FMH)! Les chiffres suivants montrent également à quel point la Suisse est tributaire de nos collègues originaires de l’étranger: en 2018, 1029 diplômes fédéraux en médecine humaine ont été délivrés et 3292 diplômes étrangers reconnus par la Commission des professions médicales (MEBEKO). Au niveau des titres de formation postgraduée, 1434 médecins ont obtenu un titre fédéral de spécialiste l’année dernière, tandis que la MEBEKO a reconnu 1392 titres de spécialiste étrangers. Autrement dit, en plus de nos propres spécialistes, qui ont suivi leur formation prégraduée et postgraduée en Suisse, nous avons besoin d’un nombre presque identique de collègues étrangers. Les propositions de la FMH relatives à la réglementation des admissions ­indiquent comment nous pouvons procéder correctement et efficacement dans ce domaine: la solution ne réside pas dans des appareils administratifs cantonaux coûteux, mais dans une prise en charge médicale intercantonale et des critères de qualité simples au bénéfice de nos patients et de l’ensemble de notre système! On ne peut pas répondre aux besoins de nos patients si on ne parle pas leur langue! De même, pour travailler de manière constructive dans notre système, il faut le connaître! Et l’obligation d’accomplir une activité d’au moins trois ans dans un établissement de formation postgraduée reconnu dans la discipline visée permet même d’exercer une influence sur la répartition des spécialistes par domaine. Nos propositions sont sur la table, il ne reste plus qu’à agir!

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