Courrier / Communications

Le mépris pour les médecins du conseiller fédéral Berset

DOI: https://doi.org/10.4414/bms.2017.05617
Date de publication: 10.05.2017
Bull Med Suisses. 2017;98(19):597

Dr Jean-Pierre Grillet, Genève

Le mépris pour les médecins 
du conseiller fédéral Berset

En février 2014, j’avais rédigé, pour la Société Suisse de Dermatologie et de Vénéréologie, une réponse à la consultation lancée par le CF Berset sur la baisse de la valeur du point technique pour les spécialistes. J’avais passé bien des jours de vacances et de congé à peaufiner ce texte en développant tous les arguments qui montraient l’iniquité de la mesure proposée. Aucun des arguments soulevés, malgré leur pertinence, n’a été retenu et nous n’avons même pas reçu d’accusé de réception à notre lettre recommandée. L’ordonnance est entrée en force, et comme nous l’avons appris, il n’existe aucun recours juridique à ce type de décision imposée. Il s’agissait là du premier acte concret de mépris du ministre Berset.

Le corps médical a eu le grand tort de ne pas réagir. Car il s’agissait, pour M. Berset, de tester notre aptitude à réagir et à nous rebeller. Dans l’ensemble, chacun a tenté de se «débrouiller» avec cette baisse et d’ajouter de nouvelles prestations pour ne pas trop souffrir. Fort de cette expérience, le conseiller fédéral a décidé de taper fort, persuadé qu’il ne se passera pas grand-chose non plus…

Bien sûr, les médecins portent leur part de responsabilité: manque de réaction aux baisses de revenus (ce qui signifie qu’ils gagnent bien assez), incapacité à réformer le tarif (7 fois non au tarif qu’ils ont eux-mêmes fabriqué!), alors que les délais ont été plusieurs fois repoussés. La liste des maladresses et des incohérences commence à s’allonger…

Il n’en reste pas moins que la diminution des revenus qui va s’abattre sur le corps médical en janvier 2018 est d’une violence extrême, et elle va mettre en péril plus d’un cabinet médical. Ce sont avant tout les femmes travaillant à temps partiel pour élever leurs enfants qui vont en faire le plus les frais. Mais c’est surtout la qualité des soins qui va s’en ressentir, celle-ci même qui semble pourtant si chère à M. Berset. En effet, comment peut-il imaginer que nous allons continuer à offrir du temps et des compétences avec des rémunérations aussi ridicules que celles qu’il ose proposer. Notre conseiller fédéral fait preuve d’un mépris complet pour notre travail et notre action auprès de la population des malades. Notre manière de travailler va s’en trouver considérablement modifiée: sur le plan technique, en favorisant les gestes rentables, en «exploitant» au mieux le tarif et en abandonnant aux services hospitaliers tous les cas compliqués et non rentables. Sur le plan humain, en consacrant le temps minimum à chaque patient. Mais ce qui est encore beaucoup plus grave, c’est qu’avec la nouvelle tarification, les médecins sont complètement démotivés, ce qui va totalement à l’encontre d’une médecine de qualité. M. Berset finira-t-il par se rendre compte que, comme dans tous les autres secteurs de l’économie, dans celui de la santé, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre? La qualité qu’il voudrait défendre a un coût!

Une chose est cependant certaine: notre ministre et sa famille sont, pour l’instant, en bonne santé. Car quiconque a été sérieusement malade, a réellement souffert d’une atteinte importante dans sa santé, ne se permettrait pas d’agir de la sorte.

Nous autres médecins, qui avons suivi une formation longue et difficile, qui prenons sur nos épaules la souffrance et la maladie à longueur de journée, et parfois de nuit, ne méritons pas de tels marques de mépris. Mais il est à souhaiter que cette fois le corps médical va se bouger et que cette attitude du conseiller fédéral sera sanctionnée comme elle le mérite, même si cela doit se faire aux dépens des patients, qui ne pourront pas être épargnés cette fois-ci. Il est temps que nous comprenions enfin qu’il n’y a pas de médecine sans médecin, qu’il n’y a pas de chirurgie sans chirurgien.

Dans ces conditions, je ne participerai pas à la rédaction de la réponse que ma société de discipline adressera, peut-être, à la consultation-bidon lancée par le CF Berset.

Finalement, les primes d’assurance-maladie pèsent lourdement sur les familles, mais les impôts aussi! Si l’on ramenait les salaires des cadres de l’Administration au niveau de 1994 (base du calcul du TARMED actuel), la Confédération ferait aussi de belles économies et les impôts pourraient également diminuer pour le bien des familles! Mais le ministre n’oserait jamais proposer une mesure pareille, les fonctionnaires sont autrement organisés que les médecins!

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